Union africaine : revoir sa copie Imprimer
Écrit par Lalaina RAZAFY   
Lundi, 15 Mars 2010 19:11
Et de trois, si celui de Centrafrique en venait à se réaliser. Heureusement, le pouvoir encore légalement en place a réussi à déjouer un nouveau « putsch » qui était en train de se préparer dans la République de Centrafrique, et s’il devait être mis à exécution, c’aurait été un vrai coup d’Etat, militaire s’entend et par la force bien entendu, si l’on en croit les explications officielles des autorités centrafricaines qui parlent de « plusieurs militaires, de kamikazes, de mercenaires, de commandos et de miliciens ».
A la lumière de tous ces coups d’Etat perpétrés dans le continent noir, si les hauts responsables de l’union africaine avaient un minimum d’éthique, ils auraient déjà dû démissionner depuis longtemps, parce que le constat de leur échec est plus que flagrant. Mais, ciel, où ai-je la tête, mais bien sûr qu’ils ne comprennent même pas pourquoi on parle d’échecs. On se rappelle aisément les Ramtame Lamamra, Jean Ping, Chissano et j’en passe gargariser à outrance qu’ « il n’y a pas de bon ou de mauvais coups d’Etat, qu’ils sont tous condamnables ». Soit !

Et si on s’arrêtait là, on comprendrait alors légitimement pourquoi les membres de l’UA et de la SADC se sont tellement acharnés pour sanctionner Madagascar, leur légalité aurait donc dû être aveugle mais implacable,  la Grande Ile doit être sanctionnée parce qu’il y a eu « transfert de pouvoir non conforme à la constitution », même si à plusieurs égards, la prise de pouvoir par Andry Rajoelina n’a rien à voir avec un vrai coup d’Etat tel que défini par l’UA elle-même à Lomé Togo en 2000.

Si on s’arrêtait là j’ai bien dit, parce que justement, on ne peut s’arrêter là, fermant les yeux sur ce qui se passe ailleurs sur ce continent africain.

Mais alors  pourquoi l’Union africaine a-t-elle légitimé le coup d’Etat, le vrai, l’incontestable, militaire et armé, qui s’est passé au Niger le 18 février 2010 ? S’il n’y a pas de bon ou de mauvais coups d’Etat comme les zélés de l’UA disent et surtout si la conformité à la constitution est la bible de l’UA, alors, on veut bien être sanctionné, et convenir (même si c’est pas le cas) que ce qui s’est passé à Madagascar le 17 mars 2009 (précédé de deux longs mois de lutte populaire dans les rues des quatre coins de l’île réclamant le départ de Marc Ravalomanana, l’ancien Président) soit un coup d’Etat, parce que « anti-constitutionnel »dû au fait même de Ravalomanana. Mais comment comprendre qu’à Madagascar, on s’empresse de sanctionner tandis qu’au Niger, on s’empresse de légitimer les auteurs du putsch, des militaires de surcroît et on les installe le plus tranquillement du monde au pouvoir, sans aucune durée, les permettant ainsi d’obtenir, sans qu’ils n’aient pris la peine de donner une quelconque garantie par rapport à un « retour à l’ordre constitutionnel ». Alors que Andry Rajoelina qui n’a fait que recevoir les pleins pouvoirs du directoire militaire de l’époque, à qui Ravalomanana lui-même les avait remis, a à plusieurs reprises, proposé la tenue des élections pour le retour rapide à cet ordre constitutionnel, a été malmené, ignoré, humilié par ce club de dictateurs africains, et même menacé de sanctions ?

Et que dire quand lors son accession à la tête de l’UA, le président Malawi, a bel et bien promis qu’il ne badinera plus avec les auteurs de coups d’Etat alors que quelques jours seulement après, les colonels du « conseil suprême pour la restauration de la démocratie » au Niger, ont attaqué le palais présidentiel pour arrêter Mamadou Tandja et prendre le pouvoir ? Un véritable défi et affront aux « sages » de l’Union africaine, à commencer par le Malawite Bingu Wa Mutharika, qui malgré les belles paroles, n’ont rien pu faire d’autres que légitimer le « putsch » du Niger. Incroyable, lamentable, révoltant et honteux !

Maintenant, l’Union africaine doit revoir sa copie, sa politique soi-disant sévère, appliquée depuis 2000 pour freiner les coups d’Etat dans les pays africains n’a pas réussi à faire disparaître ces prises de pouvoirs illégales, au contraire, elle n’a fait que favoriser davantage la prise de conscience d’une grande majorité des peuples africains, qui n’en ont que trop marre des dirigeants dictateurs qui emploient tous les moyens, pour rester le plus longtemps possibles, voire éternellement au pouvoir, qui en amendant tout le temps la constitution, qui en dissolvant les institutions parlementaires, qui en ignorant tout simplement et le plus allégrement du monde toute loi lui interdisant la prolongation de mandats.

Les évènements de Niger, les derniers exploits de Côte d’Ivoire, les tentatives avortées de Centrafrique, et on en passe, interpellent les hauts dignitaires de l’Afrique, parce qu’à l’allure où vont les choses, les coups d’Etat en Afrique ne sont pas prêts de disparaître, et ce ne sera pas les sanctions brandies à tout bout de champ contre Madagascar, et qui parait-il vont être appliquées automatiquement dans deux jours, ni la protection  aveugle de l’UA, de la SADC ou encore de la CEDEAO en faveur des dictateurs   qui vont dissuader des peuples meurtris et ayant trop longtemps enduré les calvaires des dictateurs africains, de vouloir se révolter pour obtenir le changement de leurs dirigeants. Parce que nombreuses sont les populations africaines, et mondiales même, qui dénoncent et rejettent l’hypocrisie d’une pseudo-légalité, détournée et dénaturée pour protéger des régimes de potentat et de dictature.