Parle et ment PDF Imprimer Envoyer
Lundi, 15 Février 2010 17:28
À beau mentir qui vient de loin. On est tenté de le croire avec cette diatribe du Parlement européen sur la Haute autorité de la transition. Comme le disait Nicolas Sarkozy à propos de Marc Ravalomnana, on peut aussi affirmer qu’il y a beaucoup à dire sur la Transition mais de là à éxagérer les choses jusqu’à mettre de la levure dans les réalités, il y a un pas qu’on ne franchira pas.

La résolution du Parlement européen est d’autant plus écœurante qu’il reproche à Rajoelina les mêmes délits commis par Ravalomanana et pour lesquels il est resté indifférent. S’il avait réagi, on n’en serait pas là, on n’en était pas à un coup d’État. Pas encore.
Le fait d’avoir une légalité par les urnes devrait-il absoudre un président de la République coupable de tous les abus ? Comme un péché commis au nom de Dieu est pardonné par avance, Ravalomanana en avait profité sinon en abusait au nez et à la barbe de la communauté internationale jusqu’au jour où...

Le Parlement européen et de surcroît l’Union européenne pouvaient bel et bien suspendre leur aide au profit du régime Ravalomanana quand celui-ci avait expulsé, sans aucune explication, deux journalistes européens, un prêtre européen, au nom des Accords de Cotonou sur les règles démocratiques et le respect des droits de l’Homme. Mais il n’en fit rien.

La résolution du Parlement européen a été faite visiblement suivant des rapports sinon subjectifs, du moins incomplets et tronqués frisant l’affabulation. On n’a jamais eu vent de pillage d’église, à moins qu’ils soient l’œuvre de bandits de Dieu, du retour de la censure même si à ce propos, la Transition n’est pas exempte de tout reproche.

La Transition est accusée de monopoliser les pouvoirs executif, législatif, judiciaire et les médias. Soit, mais il ne peut en être autrement dans une période où les institutions sont montées en dehors des élections. La situation a été pire sous l’ancien président où en dépit des élections, qui étaient tout sauf démocratiques, transparentes et équilibrées, l’opposition a été absente de toutes les institutions. L’ère Ratsiraka n’en a été guère différente. De là à ésperer une Transition consentante et incisive, bonjour les dégâts.

Le Parlement euro..payé a choisi en plus la Saint-Valentin pour commettre ce harcèlement textuel contre la Transition. Celle-ci n’a aucun recours étant donné que si elle n’est pas une victime consentante, elle l’est de façon expiatoire. Et même si elle l’était, elle ne pourrait même pas en profiter comme le conseille un proverbe russe. Heureusement que cette sentence ne s’est pas fait trop sentir un jour du 14 février où la seule résolution valable était l’amour, antidote de toutes les sanctions, de toutes les crises sauf celle qui nous assaille. Et pour cause, les belligérants semblent insensibles à tous les câlins avec une peau « croco ». Difficile dans ce cas de trouver un duo de cœurs, fut-il de marbre.

Editorial de L’Express de Madagascar, signé Sylvain Ranjalahy, lundi 15 février 2010